Mon nouveau roman est enfin achevé. Énoncée ainsi, la phrase paraît simple, presque anodine, comme la formule administrative qui clôt un dossier. Elle recèle pourtant des mois de travail discret, de reprises obstinées, de doutes, et ces petites victoires silencieuses dont on parle peu. Ce billet est peut-être une façon d’ouvrir la fenêtre, de laisser enfin circuler l’air autour d’un texte qui, longtemps, n’a vécu que dans des dossiers numériques, sur des feuillets raturés et entre les mains de quelques lecteurs de confiance.
Un livre est-il jamais tout à fait terminé ? La figure de Bonnard me revient parfois à cet instant : comme lui devant ses toiles, l’écrivain recule, s’approche, ajoute une touche, en retire une autre. L’achèvement, peut-être, n’est qu’une convention à laquelle on consent pour pouvoir passer à autre chose. J’aurai l’occasion d’y revenir dans un prochain billet.
C’est à cet endroit précis que naît ce blog : dans l’entre-deux d’un roman achevé et de tout ce qui continue de graviter autour. Il ne s’agira pas seulement d’évoquer « mon travail d’écrivain » au sens étroit, mais aussi de consigner des choses vues, lues, entendues — ces micro-événements qui nourrissent les livres. Une phrase saisie dans un café, un article parcouru trop tard le soir, un tableau aperçu au détour d’une exposition, une promenade entreprise sans autre intention que de laisser remonter les histoires.
Écrire ici sera une manière de maintenir le geste vivant entre deux manuscrits, de ne pas laisser la langue se figer dans le seul cadre du livre publié. Un carnet ouvert : fragments de travail en cours, notes de lecture, scènes miniatures qui n’ont pas trouvé leur place dans un roman, mais refusent pourtant de se taire. Le nouveau livre est terminé, certes. Mais l’écriture, elle, ne connaît pas de point final.