« L’Allier m’apaise, le Puy-de-Dôme me rassure, la Haute-Loire m’enchante, le Cantal me revigore. J’ai l’étrange sensation d’un rendez-vous amoureux chaque jour renouvelé. Il me plaît à penser que l’Auvergne n’est pas simplement au centre de la France, mais au centre de tout ; ou presque, restons modestes ! Je relis ses écrivains, je visite ses monuments, je gravis ses volcans, je contemple sa nature, je me goinfre de ses fromages. Elle est plus grande qu’elle n’en a l’air ; bien trop grande pour tenir dans un aussi petit livre. »
Ni guide touristique ni chronique nostalgique, cette déclaration d’amour à l’Auvergne nous fait découvrir cette région, sa beauté, ses mystères, son histoire, la douceur d’y vivre, le bonheur de lui appartenir.
Joseph Vebret, est né à Chamalières et vit à Clermont-Ferrand. Il est l’auteur d’une cinquantaine d’ouvrages. Frédéric Deligne est dessinateur et caricaturiste à La Montagne.
Héliopole, octobre 2025, 216 pages



La collection Je suis… mais je me soigne éditée par la maison d’édition parisienne Héliopoles, offre un panorama de la France de la province, et des provinces, à travers de petits ouvrages, 250 pages tout au plus, confiés à des auteurs amoureux des territoires. Une dizaines de régions figurent au catalogue ouvert en 2018, mais, jusqu’à présent, l’Auvergne y était absente. Cette intolérable injustice appartient désormais au passé, puisque l’éditeur à proposé à Joseph Vebret, natif de Chamalières, de se charger de rédiger Je suis auvergnat mais je me soigne, ouvrage sorti courant octobre qui comporte également des dessins, signés par le dessinateur de presse Frédéric Deligne, au début de chaque chapitre.
Le récit d’un homme qui a mis longtemps à comprendre que sa place était ici
Au fil de 10 chapitres, Joseph Vebret dresse un véritable cours d’histoire et de géographie consacré à l’Auvergne, pas celle voulue pas François Hollande (qui n’avait pas mesuré à quel point un habitant de Nébouzat ne partage strictement rien avec un résident des bords du lac d’Annecy), mais l’Auvergne des quatre départements, même si on est encore en droit de se poser la question des gènes auvergnats contenus dans le sang des Bourbonnais. “Il ne s’agit ni d’un guide touristique, ni d’un essai savant” explique l’auteur précisant que ce livre est le “récit d’un homme qui a mis longtemps à comprendre que sa place était ici”.
Les auvergnats pure souche, ou d’adoption de longue date, ne seront pas forcement surpris par ce qu’il découvriront en dévorant les chapitres, mais ils seront forcement curieux d’apprendre quelques secrets bien gardés ou de comprendre comment l’Auvergne s’est construite en se nourrissant de son terroir et la destinée de tous ceux qui y ont vécu ou posé les pieds. Avec cet exercice, Joseph Vebret braque un éclairage différent et tente de déchirer ce tissus très serré d’idées reçues, qui depuis bien trop longtemps réduit l’Auvergne aux volcans, aux fromages, à l’eau et au pneu, le 5e élément, la quintessence, revenant à un certain Pascal, Blaise de son prénom à moins que Vercingétorix ne se l’approprie. “Ce livre est un geste de reconnaissance, un acte d’amour, une manière de dire je suis auvergnat et j’en suis fier” martèle l’auteur quitte à poser délicatement son mouchoir sur quelques valeurs jansénistes.
Partir pour mieux revenir
Auvergnat, Joseph Vebret l’est-il vraiment ? On pourrait en douter au regard d’un parcours de vie qui l’a beaucoup éloigné de la Cathédrale des charbonniers selon l’expression des frères Goncourt. C’est en effet dans un taxi collectif entre Beyrouth et Alep que son père (natif d’Auvergne) à rencontré sa mère (native du Moyen-Orient). Il a vécu au Nigéria, en Iran, en Tunisie, en Grèce et à Paris, trente ans durant. Mais il est bien né à Chamalières et a passé son BAC “à Blaise” deux éléments suffisamment importants dans l’existence pour revendiquer une identité locale. L’âge aidant, l’auteur a senti monter cette irrésistible envie de revenir chez les Bougnats où tout est resté plus simple qu’à Paris d’autant que depuis Ma nuit chez Maud, la ville sombre et froide s’est sacrément métamorphosée. Retrouvant sa mère patrie au pied d’un puy de Dôme plus haut qu’on ne le pense, Joseph Vebret explique “qu’il n’a jamais éprouvé ailleurs ce sentiment d’ancrage profond”, cette “sensation de rendez-vous amoureux chaque jour renouvelé” de quoi lui donner la légitimité d’écrire ce Je suis auvergnat, mais je me soigne.
Olivier Perrot